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La relève de MegaUpload, un potentiel cauchemar pour Hollywood

Kim Dotcom semble avoir retenu la leçon. Alors qu’il attend toujours la décision sur son extradition de la Nouvelle-Zélande vers les Etats-Unis, le créateur de MegaUpload prépare son comeback avec un service de stockage conçu pour éviter que l’histoire se répète. Dans un entretien à Wired, il révèle les premiers détails concrets sur le fonctionnement de «Mega», qui doit être lancé prochainement.

A l’heure actuelle, quand un hébergeur sait qu’un fichier est illégal, il a pour mission de le retirer, sous peine de s’exposer à des poursuites. Cet angle d’attaque, notamment utilisé par les autorités américaines pour fermer MegaUpload en janvier dernier, possède un corolaire puissant: que se passe-t-il si l’hébergeur n’a aucun moyen de connaître la nature du fichier qu’il stocke?

Cryptage côté utilisateur

Le cœur du nouveau service, c’est un système de cryptage qui se fait côté utilisateur. Avant d’être envoyé à Mega, le fichier passe à la moulinette du cryptage AES et l’utilisateur est le seul à disposer de la clé de décryptage. Cette clé est nécessaire pour décrypter le fichier si l’utilisateur le retélécharge (à son bureau, chez mamie etc.)

Traduction: avec ce dispositif, Mega n’a aucun moyen de savoir s’il s’agit de vos photos de vacances ou du dernier épisode de The Walking Dead. Nature du fichier inconnue = pas d’obligation de le retirer = pas de responsabilité pénale pour Kim Dotcom.

L’utilisateur responsable

Cela ne signifie pas que les ayants droit n’ont pas de moyen de demander le retrait d’un fichier via une takedown notice. Si des clés de décryptage s’échangent sur un forum de pirates et qu’un Sony ou un Warner trouve un fichier illégal, Mega leur fournira le moyen technique de le retirer.

Cette mission pourrait se révéler titanesque. En effet, avec le cryptage, Mega stockera une copie par fichier et n’utilisera pas la «dé-duplication». Jusqu’ici, si un utilisateur envoyait le même fichier dix fois, les doublons étaient effacés. Avec Mega, si un pirate upload 100 fois le même fichier, il faudra, en théorie, que l’ayant droit récupère chaque clé de décryptage pour constater le caractère illégal, puis remplisse 100 takedown notices, explique Wired. Les implications juridiques sont encore floues. Hollywood se lancera-t-il dans des poursuites individuelles?

Le casse-tête ne s’arrête pas là. Pour s’assurer que le site ne puisse pas être unilatéralement fermé et que les utilisateurs ne perdent pas leurs fichier, Dotcom a prévu de sauvegarder deux copies, dans deux pays différents. A terme, il veut constituer un réseau avec des milliers de serveurs répartis dans le monde entier. comme The Pirate Bay, il semble vouloir appliquer un vieux principe ici inversé: multiplier pour mieux régner.

Selon Kim Dotcom, Megabox n’est pas mort et approche à grands pas

Très actif sur Twitter depuis qu’il lui est possible d’accéder à internet, Kim Dotcom a frappé un grand coup mercredi dernier en publiant un tweet en rapport avec Megabox, un service légal de musique originalement prévu pour être lancé lors de l’action du FBI contre MegaUpload et MegaVideo.

Plusieurs accords déjà signés il y a six mois

Pour certains, le projet Megabox pourrait être l’une des raisons principales de l’attaque du FBI et des majors contre le groupe Mega en début d’année. Mais qu’est-ce que Megabox concrètement ? Selon les informations publiées ici et là lors de ces derniers mois, Megabox était à l’origine un projet d’offre légale permettant aux artistes de vendre directement leurs œuvres sans passer par les maisons de production. Rien d’exceptionnel à première vue donc, mais les relations de Kim Dotcom pouvaient offrir à ce service une mise en avant sans précédent.

Des accords avec des sociétés importantes comme Amazon et GraceNote avaient, paraît-il, été signés. De plus, une société française spécialisée dans les solutions de ticket de cinéma virtuel négociait avec le groupe Mega afin d’assurer la monétisation et le partage des revenus selon notre confrère Reflets.info. Reste à savoir si cette information est avérée et si ces accords ont toujours cours aujourd’hui.

 


Au regard de la capture d’écran fourni par Kim Dotcom, MegaBox permettra de stocker gratuitement de la musique, mais aussi de l’écouter et de la partager, point dont il faudra connaitre les modalités. Le menu à gauche nous laisse penser qu’il sera aussi possible d’acheter de la musique. Il est difficile pour le moment de savoir s’il s’agira d’un concurrent direct d’Apple, Google, Amazon voire Spotify, ou si le concept sera diamétralement différent.

Megabox était craint

Pour Emmanuel Gadaix, CTO et porte-parole de MegaUpload, MegaBox faisait peur. « Il est possible que certaines maisons de disques se soient senties menacées par ce projet qui ne les favorise pas économiquement » notait-il début février dernier. « La bêta était pratiquement finie, la date de lancement était le 21 janvier » a-t-il ainsi précisé, sachant que les serveurs de Mega ont été saisis par le FBI le… 20 janvier.

En décembre dernier, alors que MegaUpload venait de mettre en ligne sa fameuse Megasong (ci-dessous), le projet Megabox était déjà en route, ainsi que MegaKey et MegaMovie. Le second était un futur service légal d’achat de films et de séries, tandis que le premier avait pour but de remplacer les publicités des sites par les publicités de MegaUpload en échange d’un compte Premium gratuit. De quoi faire trembler bien des webmasters et des sociétés comme Google…

 

Streaming, téléchargement: ce qu’a changé la fermeture de Megaupload

L’Idate a réalisé pour le compte de l’Hadopi, de décembre 2011 à février 2012, une étude pour décrire et analyser les modèles économiques en France des sites de streaming et de téléchargement direct (DDL, pour direct download) « communément admis comme illicites ». Ce qu’il faut en retenir.

Le streaming était plus dynamique que le DDL jusqu’à la fermeture de Megavideo

L’étude note qu’en 2011 le marché a fortement évolué. Autrefois dominé par le DDL, il a connu une forte montée en puissance du streaming. De nouveaux services ont fait leur apparition, comme Videozer et VideoBB, qui d’après les données d’audience fournies par Alexa est devenu le deuxième acteur du marché. La situation s’est renversée après la fermeture de Megaupload : le DDL a repris le dessus.

Attaqué sur le choix d’Alexa – un outil dont la fiabilité est contestée – pour mesurer les audiences, notamment par Numerama, l’Idate répond qu’il ne s’est basé sur ces résultats que pour mesurer l’audience relative des sites les uns par rapport aux autres.

DDL et streaming de vidéos : le classement des sites

Téléchargement direct : selon une estimation IDATE basée sur des données fournies par Alexa, MegaUpload représentait environ 50% du nombre total de pages vues sur les sites de téléchargement direct en France entre le 11 décembre 2011 et le 11 janvier 2012. Arrivent ensuite FileServe, (opéré par la même société Hongkongaise que VideoBB et Videozer) et DepositFiles (10%), puis RapidShare et MediaFire (9% et 7%). 4shared, un des plus gros acteurs mondiaux, très populaire dans les pays émergents, ne se classe qu’en sixième position en France.

Streaming : le 11 janvier 2012, MegaVideo comptait pour 55% du nombre de liens renvoyant vers des liens référencés par DPstream, Streamiz et Streamania. Venaient ensuite VideoBB (20%), Videozer (13%), MixtureVideo (5%) et StageVu (4%).

Le marché s’est « professionnalisé »

L’Idate a observé la professionnalisation des sites de streaming et de DDL au cours de l’année passée, tant au plan de la constitution d’une offre plus attractive que des modèles économiques. Des systèmes de rémunération des internautes postant des contenus (proportionnelle à la durée des vidéos postées) ont été mis en place, par exemple chez FileServe, Uploaded et FileSonic (jusqu’à 40 dollars pour 1000 vidéos téléchargées ou 10 000 vidéos vues). Les sites de référencement des contenus sont eux aussi rémunérés quand ils génèrent des abonnements payants, via un système d’affiliation. Ces sites de référencement ont par ailleurs introduit massivement la publicité, ce qui n’était pas le cas aux débuts du DDL. « Avant, on était plus dans le communautaire et l’amateur », précise Gilles Fontaine, directeur général adjoint de l’Idate. « L’ensemble de ces pratiques a rendu le marché très concurrentiel ».

Les abonnements premium sont la 1ère source de revenus

D’après un sondage auquel l’Idate fait référence, 8% des utilisateurs de Megavideo payaient pour ouvrir un compte premium, qui permet de profiter des pleines capacités du service (débit et capacité de stockage supérieurs, levée de toutes les limitations…). C’est « de loin la première source de revenus » pour les sites de streaming et de DDL, affirme l’Idate.

La publicité est évaluée à moins de 20% de leur chiffre d’affaires. Dans le secteur, c’est le principe du « qui se ressemble s’assemble ». Les sites de streaming et de DDL, qui évoluent dans une zone grise, font affaire avec des annonceurs du même type : porno, jeux d’argent, rencontres érotiques… C’est un peu moins vrai pour les régies qui servent d’intermédiaire : on retrouve quand même Weborama, Valueclick, Yahoo ou encore Tradedoubler.

Annuaires de liens: leur modèle économique remis en cause

Le principe des sites de référencement est de fournir des liens permettant de télécharger ou de visionner des contenus sur les sites de téléchargement ou de streaming. Mi-janvier 2012, selon un pointage de l’Idate sur les 25 principaux sites cataloguant des contenus en français, les sites de référencement de contenus en streaming proposaient en moyenne 15 000 films, 500 séries et 500 mangas. Leur catalogue doublait chaque année. L’Idate a répertorié plus de 25 000 sites pointant vers des contenus de Megavideo dans le monde.

Le premier site en France s’appelle DPstream (1,3 million de visiteurs uniques selon Médiamétrie en décembre 2011). Le deuxième est Streamiz. Le troisième, AlloshowTV, a été fermé par une action judiciaire des ayants-droit.